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TVA e-commerce : le panorama complet pour ne pas vous tromper de régime

La TVA e-commerce en France repose sur quatre seuils à connaître : 85 000 € puis 93 500 € pour la franchise en base sur la vente de biens, 10 000 € pour la TVA intracommunautaire via le guichet unique OSS, et 150 € pour l'import via l'IOSS. Depuis le 1er juillet 2021, les marketplaces sont réputées

Camille Vasseur·30 juin 2026·11 min
TVA e-commerce : le panorama complet pour ne pas vous tromper de régime

Il existe un seuil de 10 000 euros qui décide, à lui seul, si vous devez ou non vous inscrire à un guichet fiscal européen. La plupart des vendeurs qui se lancent en e-commerce l'ignorent, ou pire, croient qu'il a disparu depuis la réforme avortée du seuil unique de franchise en base. Il n'a pas disparu. C'est même l'un des rares chiffres de cet article qui n'a pas bougé depuis des années. La TVA e-commerce se joue sur quatre régimes distincts selon votre chiffre d'affaires, votre clientèle et l'origine de vos produits, et confondre l'un avec l'autre coûte cher, en rappels d'impôts comme en nuits blanches. Voici le panorama complet, avec les seuils exacts, un exemple chiffré de dépassement et les pièges que les guides génériques survolent.

Les 4 régimes de TVA e-commerce à connaître avant de vendre

Comparaison des quatre seuils clés de la TVA e-commerce en euros : franchise en base, seuil majoré, OSS et IOSS

Un e-commerçant en France peut relever de quatre régimes de TVA, parfois simultanément. La franchise en base dispense de facturer la TVA sous certains seuils. Le régime réel s'applique dès que vous les dépassez ou que vous y optez volontairement. La TVA intracommunautaire concerne vos ventes à des particuliers d'autres pays de l'Union européenne. L'IOSS, enfin, encadre la TVA à l'import quand vos produits viennent de l'extérieur de l'UE. Voici comment s'articulent ces quatre régimes.

RégimeQui est concernéSeuil cléCe qui change pour vous
Franchise en basePetite structure, vente de marchandises85 000€/93 500€Pas de TVA facturée, pas de TVA récupérée
Régime réelAu-dessus des seuils, ou sur optionAucun plafondDéclarations périodiques, TVA collectée et déductible
TVA intracommunautaire (OSS)Ventes à des particuliers dans l'UE10 000€ toutes ventes UE cumuléesTVA du pays du client, déclarée via un guichet unique
Import hors UE (IOSS)Produits achetés hors UE, dropshipping compris150€ par envoiTVA perçue à la vente plutôt qu'à la douane

Sous la barre des deux premiers seuils, vous ne facturez pas de TVA du tout. Au-dessus, vous entrez dans une mécanique déclarative dont la rigueur augmente avec votre chiffre d'affaires. Reste à savoir où vous vous situez, régime par régime.

La franchise en base : jusqu'où vendre sans facturer de TVA

La franchise en base de TVA (seuils 85 000€/93 500€ pour la vente de marchandises) est le régime par défaut de la plupart des micro-entrepreneurs qui démarrent en e-commerce. Concrètement, tant que votre chiffre d'affaires de l'année précédente reste sous 85 000 € pour la vente de marchandises, vous ne facturez aucune TVA à vos clients, et vous ne récupérez pas celle payée sur vos achats. C'est simple, et c'est bien là tout l'intérêt du régime.

Un seuil de tolérance existe au-dessus : jusqu'à 93 500 € (85 000€ hors taxes majoré), vous restez en franchise en base l'année du dépassement, à condition de ne pas avoir déjà dépassé ce plafond majoré l'année précédente. Franchissez les 93 500€, et la TVA s'applique dès le jour du dépassement, sans délai de grâce.

Prenons un exemple. Vous encaissez 82 000 € sur l'année N. Vous restez en franchise en base. L'année N+1, vos ventes s'envolent et atteignent 90 000 € en cours d'exercice : vous êtes entre 85 000 € et 93 500 €, donc vous continuez sans TVA cette année là, mais vous devrez la facturer dès le 1er janvier suivant. En revanche, si vous aviez atteint 96 000 € en cours d'année, vous auriez basculé au régime réel immédiatement, à la date même du dépassement. La différence entre ces deux scénarios se chiffre en milliers d'euros de TVA à collecter rétroactivement si vous ne l'aviez pas anticipée. Autant dire que ce n'est pas le genre de calcul à faire un dimanche soir, la tête ailleurs.

Autre précision qui piège beaucoup de monde : ces seuils s'appliquent à la vente de biens. Si votre activité mêle produits physiques et prestations de services (formation, conseil), un second seuil, plus bas, s'applique à la partie service. C'est l'un des points où bien choisir son statut compte autant que bien calculer sa TVA : la comparaison entre micro-entreprise et EURL vous aidera à voir si la structure choisie au départ tient encore la route une fois ces seuils en vue.

Une précision de calendrier, parce que la confusion est fréquente : une réforme du seuil unique à 25 000€ a bien été votée en loi de finances, avant d'être suspendue puis abandonnée définitivement fin 2025. Les seuils différenciés par activité, ceux décrits ci-dessus, restent donc en vigueur. Si un article que vous avez lu ailleurs vous parle d'un seuil unique de 25 000 €, il date d'avant cet abandon, et il ne s'applique pas à votre situation aujourd'hui.

Le régime réel : ce qui change concrètement

Une fois sorti de la franchise en base, le régime réel (simplifié/normal) se décline en deux variantes. Le réel simplifié convient à la majorité des e-commerçants de taille moyenne : une déclaration annuelle (la CA12), complétée par deux acomptes semestriels calculés sur la base de l'année précédente. Le réel normal, lui, impose une déclaration mensuelle (ou trimestrielle si votre TVA due reste faible), avec le détail complet de la TVA collectée et de la TVA déductible sur vos achats et vos frais.

Ce qui change vraiment, ce n'est pas seulement la fréquence des déclarations. C'est votre trésorerie. Vous collectez la TVA au moment de la vente, mais vous ne la reversez que plus tard : bien gérée, cette avance de trésorerie se pilote. Mal anticipée, elle se transforme en mauvaise surprise le jour où il faut la reverser d'un coup. Un logiciel de facturation qui suit correctement votre TVA collectée et déductible n'est pas un luxe à ce stade, c'est un minimum vital : voyez notre comparatif des logiciels de facturation si le vôtre tient encore sur un tableur.

Vendre en UE : TVA intracommunautaire et guichet unique OSS

Dès que vous vendez à des particuliers installés dans d'autres pays de l'Union européenne, un second mécanisme entre en jeu, indépendant de la franchise en base : la TVA intracommunautaire sur les ventes à distance. Le principe est simple à énoncer, moins simple à appliquer : en dessous de 10 000 euros cumulés de ventes à distance vers l'ensemble des autres pays de l'UE sur l'année, vous facturez la TVA française. Au-delà, vous devez facturer la TVA du pays de résidence de chaque client, taux par taux.

Imaginez devoir vous immatriculer et déclarer la TVA séparément en Allemagne, en Espagne et en Italie parce que vous avez dépassé ce seuil de 10 000€ réparti sur ces trois pays. C'est exactement le scénario que le guichet unique OSS (One Stop Shop) a été conçu pour éviter. Une fois inscrit, vous déclarez en une seule fois, depuis votre espace professionnel sur impots.gouv.fr, l'ensemble de la TVA due dans tous les pays de l'UE où vous vendez. L'inscription doit précéder le trimestre à partir duquel vous voulez l'utiliser, donc anticipez plutôt que de vous inscrire la semaine où vous franchissez le seuil.

Un mot sur le numéro de TVA intracommunautaire, souvent confondu avec l'inscription à l'OSS : ce sont deux démarches distinctes. Le numéro de TVA intracommunautaire s'obtient auprès de votre service des impôts des entreprises, et sert notamment à vos échanges avec des professionnels d'autres pays de l'UE (achats, ventes B2B). L'inscription OSS, elle, concerne spécifiquement vos ventes à des particuliers. Vous pouvez avoir besoin des deux en parallèle.

Importer hors UE : le régime IOSS et ses pièges

Vous faites venir vos produits de Chine, du Royaume-Uni ou des États-Unis, en direct ou en dropshipping ? Un troisième régime s'applique : l'IOSS (Import One Stop Shop), qui gère la TVA à l'import pour les envois de faible valeur. Le seuil à retenir ici est celui de 150 euros par envoi. En dessous de ce seuil de 150€, vous pouvez, via l'IOSS, collecter la TVA directement au moment de la vente et la reverser via une déclaration mensuelle unique, plutôt que de laisser votre client découvrir des frais de douane surprise à la réception.

Au-dessus de 150€, l'IOSS ne s'applique plus : la TVA à l'import, et le cas échéant les droits de douane, se règlent au passage en douane, selon les procédures classiques. C'est un vrai piège pour le dropshipping quand les fournisseurs mélangent des colis de valeurs très différentes sans prévenir le vendeur.

Deuxième piège, plus sournois : certaines catégories de produits sont exclues de l'IOSS quelle que soit leur valeur, parce qu'elles sont soumises à des droits d'accises. L'alcool, le tabac et certains parfums à forte teneur en alcool en font partie. Si votre catalogue en contient, oubliez l'IOSS pour ces références précises : ces exclusions liées aux accises signifient que la TVA et les droits se perçoivent systématiquement à l'importation, sans simplification possible.

Dernier point, souvent oublié parce qu'il joue en votre faveur : l'exportation hors UE, elle, fonctionne à l'inverse. Une vente à un client situé hors de l'Union européenne est en principe exonérée de TVA française, à condition de conserver la preuve de sortie du territoire. C'est un avantage réel, mais qui s'accompagne d'une paperasse qu'il vaut mieux anticiper que découvrir lors d'un contrôle.

Le cas des marketplaces : qui est redevable de la TVA ?

Si vous vendez via une marketplace (et beaucoup de e-commerçants qui débutent le font), une règle change la donne depuis le 1er juillet 2021 : le régime du redevable présumé. Pour les biens importés de moins de 150 euros vendus par votre intermédiaire, ou pour les ventes de vendeurs non établis dans l'UE, c'est la plateforme elle-même qui est réputée avoir acheté puis revendu le bien au regard de la TVA. C'est donc elle qui collecte, déclare et reverse la taxe à votre place, pas vous.

Bonne nouvelle si vous êtes le vendeur concerné : une charge administrative en moins. Moins bonne nouvelle si vous pensiez que vendre sur une marketplace vous dispensait de vous soucier de la TVA sur l'ensemble de votre activité : ce n'est vrai que pour les opérations couvertes par la règle du redevable présumé, pas pour vos ventes directes sur votre propre site.

Quel taux de TVA appliquer selon vos produits

Une fois le régime déterminé, reste à appliquer le bon taux. La France applique quatre taux de TVA, et se tromper de ligne dans une facture, même par 4,5 points d'écart, finit toujours par se voir lors d'un contrôle.

TauxS'applique à
20%Taux normal, la majorité des biens et services
10%Restauration, hébergement, transport de voyageurs, travaux d'entretien
5.5%Produits alimentaires, livres, abonnements gaz et électricité
2.1%Médicaments remboursables et certaines publications de presse

Pour un e-commerçant de biens physiques hors alimentaire, le taux normal de 20 % couvre l'écrasante majorité du catalogue. C'est le taux réduit de 5,5 % qui surprend le plus souvent les vendeurs de produits alimentaires ou de livres, deux catégories fréquentes en e-commerce artisanal, et qui méritent qu'on vérifie chaque référence plutôt que d'appliquer 20 % par réflexe.

FAQ

Qui paie la TVA sur un e-commerce ?
Le vendeur la collecte auprès du client final, sur le prix de vente, puis la reverse à l'administration fiscale selon son régime. En franchise en base, personne ne la facture. Sur une marketplace couverte par la règle du redevable présumé, c'est la plateforme qui s'en charge à la place du vendeur pour les opérations concernées.
Comment déclarer la TVA à l'importation ?
Pour un envoi de moins de 150 euros, l'IOSS permet de la collecter dès la vente et de la déclarer via une déclaration mensuelle unique. Au-delà de ce seuil, elle se règle classiquement au passage en douane, avec les droits associés le cas échéant.
Comment sont imposées les ventes à distance en TVA ?
Sous 10 000 euros cumulés de ventes à des particuliers d'autres pays de l'UE, la TVA française s'applique. Au-delà, c'est la TVA du pays de destination qui prévaut, déclarable en une fois via le guichet unique OSS plutôt que pays par pays.
Qu'est-ce que la TVA intracommunautaire ?
C'est le régime de TVA applicable aux échanges de biens et de services entre professionnels ou vers des particuliers situés dans différents pays de l'Union européenne, distinct du régime purement national.
Comment obtenir un numéro de TVA intracommunautaire ?
La demande se fait auprès de votre service des impôts des entreprises, généralement au moment de la création d'activité ou dès que vos échanges intracommunautaires professionnels le justifient. Ce numéro est indépendant de l'inscription à l'OSS, qui se fait séparément.
Que se passe-t-il en cas de dépassement du seuil de franchise en base ?
Entre 85 000 € et 93 500 €, vous restez en franchise en base l'année du dépassement, mais vous facturez la TVA dès le 1er janvier suivant. Au-delà de 93 500 €, la TVA s'applique immédiatement, dès le jour du dépassement, sans période de tolérance.

Par où commencer aujourd'hui

Repérez d'abord votre chiffre d'affaires actuel face aux deux seuils de la franchise en base, 85 000 € et 93 500 €. Si vous vendez déjà hors de France, additionnez vos ventes à des particuliers de l'UE sur les douze derniers mois et comparez au seuil de 10 000 €. Si vous importez, listez les valeurs de vos envois : sont-ils systématiquement sous 150 € ou mélangez-vous les valeurs sans le savoir ? Trois vérifications, une heure de votre temps, et vous saurez exactement dans quelle case vous vous situez, plutôt que de le découvrir au moment le moins opportun : un contrôle. Une fois le régime clarifié, le reste (choix du statut, outils de facturation, tarification) devient nettement plus simple à caler avec vos marges, et vous évite de découvrir la TVA due au moment où elle pèse le plus.

Camille Vasseur

Écrit par

Camille Vasseur

Ex-journaliste économique, Camille a couvert la scène French Tech pendant 8 ans avant de fonder Genaisse.