← Tout le flux

Outils & Productivité

Logiciel comptabilité : gérer sa compta soi-même selon votre statut

Aucune loi française n'oblige une entreprise, société comprise, à confier sa comptabilité à un expert-comptable. En micro-entreprise, les seuils de chiffre d'affaires 2025 sont de 188 700 € (vente) et 77 700 € (services) selon impots.gouv.fr, avec bascule automatique au régime réel après 2 années co

Camille Vasseur·23 décembre 2025·9 min
Logiciel comptabilité : gérer sa compta soi-même selon votre statut

La loi française n'oblige aucune entreprise, pas même une SASU, à confier sa comptabilité à un expert-comptable. C'est vrai en micro-entreprise, et ça reste vrai en société. Ce qui change radicalement d'un statut à l'autre, en revanche, c'est ce que la loi exige de vous en échange de cette liberté. Choisir un logiciel comptabilité sans connaître cette différence, c'est courir le risque de vous retrouver avec un outil trop simple pour vos obligations, ou trop lourd pour vos besoins. Ce guide trie les statuts, les seuils réels de 2025, et les outils qui tiennent la route pour chacun.

Micro-entreprise : le régime taillé pour la faire vous-même

En micro-entreprise, vos obligations comptables tiennent en deux documents : un livre des recettes (date, montant, client, mode d'encaissement) et, si vous vendez des marchandises, un registre des achats. Pas de bilan, pas de compte de résultat, pas d'écriture en partie double. C'est, avouons-le, le seul endroit où l'administration fiscale française tient sa promesse de simplicité sans arrière-pensée.

Cette simplicité a une limite chiffrée, publiée noir sur blanc sur le site des impôts. Pour rester micro-entrepreneur en 2025, votre chiffre d'affaires hors taxes ne doit pas dépasser 188 700 € pour la vente de marchandises, la restauration et l'hébergement, et 77 700 € pour les prestations de services (BIC ou BNC). Un dépassement isolé sur une seule année ne vous fait rien perdre : c'est le dépassement pendant deux années civiles consécutives qui déclenche, au 1er janvier suivant, la bascule automatique vers un régime réel d'imposition, avec la fin de la comptabilité ultra-simplifiée qui va avec.

La TVA suit une logique voisine mais distincte, à ne pas confondre avec le seuil ci-dessus. La franchise en base s'applique jusqu'à 85 000 € (vente, seuil majoré 93 500 €) ou 37 500 € (services, seuil majoré 41 250 €). Une réforme, entrée en vigueur le 1er mars 2025, avait ramené tout ça à un seuil unique de 25 000 €, quelle que soit l'activité. Face à la mobilisation des fédérations professionnelles, le gouvernement l'a suspendue jusqu'au 31 décembre 2025. Fin décembre 2025, ce sont donc bien les seuils historiques ci-dessus qui s'appliquent, pas le seuil unique, mais gardez un œil sur ce dossier en tout début d'année prochaine. Si vous vendez sur des marketplaces en parallèle de votre activité, gardez un œil sur ce seuil de vente de marchandises, souvent atteint plus vite qu'on ne le pense une fois les commissions et le volume comptés.

Pour ce niveau d'obligations, un logiciel gratuit ou à quelques euros par mois suffit largement. Inutile de payer pour une comptabilité d'engagement dont la loi ne vous demande rien.

EI au réel, EURL, SASU : la complexité change de dimension

Sortez du régime micro, volontairement ou par dépassement de seuil, et le jeu change de catégorie. Une entreprise individuelle au réel, une EURL ou une SASU doivent tenir une comptabilité d'engagement complète, et produire chaque année un bilan, un compte de résultat et une annexe. Pour les sociétés, s'ajoutent l'approbation des comptes en assemblée dans les six mois suivant la clôture, le dépôt au greffe dans le mois qui suit, et une conservation de dix ans. Personne ne vous demande un expert-comptable pour tout ça : la loi française n'impose ce recours à aucune entreprise. La seule exception concerne le commissaire aux comptes, un rôle différent, obligatoire seulement au-delà de deux des trois seuils suivants dépassés sur deux exercices consécutifs : 5 millions d'euros de bilan, 10 millions de chiffre d'affaires, 50 salariés. Autant dire que ça ne concerne pas grand monde parmi les lecteurs de cet article.

Vous pouvez donc, légalement, tenir seul la comptabilité d'une SASU. Il faudra en revanche maîtriser le plan comptable général, les écritures de clôture et la liasse fiscale, et y consacrer un temps qui n'a plus rien à voir avec le livre de recettes du régime micro : comptez plusieurs heures chaque mois, pas une pause déjeuner. Le risque n'est pas nul non plus : une erreur de catégorisation ou une clôture bâclée peut déboucher sur un redressement fiscal, et c'est votre responsabilité de dirigeant qui est engagée, pas celle d'un logiciel. Un bon réflexe pour limiter ce temps : automatiser tout ce qui peut l'être (rapprochement bancaire, catégorisation des dépenses) plutôt que de ressaisir chaque ligne à la main, un travail que la plupart des outils d'automatisation des tâches répétitives savent très bien faire.

Logiciel comptabilité : le tableau comparatif par statut

Voici cinq solutions vérifiées sur leur page tarifaire officielle, classées par ce qu'elles couvrent réellement, pas par ce que leur page d'accueil promet.

LogicielPensé pourTarif HT/moisDéclarations fiscalesLimite à connaître
IndyAuto-entrepreneurs, indépendants, professions libéralesGratuit, puis Premium à partir de 12 € HT/moisOui, via l'option expert-comptable (à partir de 49 €/mois)Le tarif d'entrée ne suffit pas si vous voulez les déclarations automatisées
TiimeMicro-entreprises et petites structures (facturation, trésorerie)Gratuit à 24,99 € (Business)Non, l'offre couvre facturation et suivi de trésorerieNe remplace pas un outil de déclaration fiscale
MaCompta.frIndépendants et sociétés qui veulent la comptabilité complète15,40 € (Comptabilité Complète) plus 9,94 € (Déclarations fiscales)Oui : BIC, BNC, IS, IR, TVA, liasseVous restez seul face aux écritures, l'outil ne les choisit pas pour vous
AbbyMicro-entrepreneurs qui démarrent de zéroGratuit à 33 € (Business, tarif plein)Oui, dès l'offre BusinessPensé pour la micro-entreprise, pas pour une société au réel
DougsQui préfère déléguer à un expert-comptable49 € (indépendants) à 159 € (sociétés, formule PME)Oui, bilan attesté inclusCe n'est plus, par définition, le faire soi-même

Deux enseignements à en tirer. D'abord, un logiciel de facturation n'est pas un logiciel de comptabilité : Tiime gère très bien vos devis et vos relances, mais ne produira jamais votre liasse fiscale. Ensuite, le prix ne dit rien de la couverture légale tant que vous n'avez pas vérifié que les déclarations fiscales sont bien incluses, et pas vendues en option ailleurs sur le site.

Cinq pièges qui coûtent cher

Sur ce sujet précis, pas de place pour l'humour : une erreur ici se traduit en euros, parfois en majoration.

  • Dépasser un seuil sans l'avoir anticipé. Le dépassement pendant deux années consécutives déclenche la bascule automatique au régime réel dès le 1er janvier suivant. Si vous approchez du plafond, préparez le changement avant qu'il ne vous tombe dessus.
  • Confondre franchise en base de TVA et seuil de chiffre d'affaires micro. Ce sont deux plafonds différents, avec des montants différents : un dépassement du seuil de TVA vous rend redevable de la TVA dès le jour du dépassement, sans attendre deux ans.
  • Facturer sans tenir sa comptabilité en parallèle. Un outil de devis-factures n'enregistre pas automatiquement vos charges ni votre trésorerie réelle : les deux fonctions sont complémentaires, jamais interchangeables.
  • Oublier la liasse fiscale en société. Bilan, compte de résultat et annexe doivent être approuvés en assemblée puis déposés au greffe, avec dix ans de conservation à la clé.
  • Ne pas garder de piste d'audit fiable. En cas de contrôle, l'administration veut retrouver l'origine de chaque écriture. Un logiciel qui exporte un fichier des écritures comptables clair vous évite bien des sueurs froides.

Le bon réflexe pour démarrer aujourd'hui

Avant de choisir un outil, tranchez une question plus simple qu'il n'y paraît : à quel statut appartenez-vous, et où en êtes-vous par rapport à ses seuils ? Une fois cette réponse posée, le choix du logiciel devient presque mécanique : un outil gratuit ou à quelques euros pour une micro-entreprise loin de ses plafonds, un outil qui inclut vraiment les déclarations fiscales dès que vous approchez du réel. Si vous démarrez tout juste votre activité, il peut aussi valoir le coup de vérifier les aides à la création d'entreprise avant d'engager le moindre abonnement : certaines financent justement ce type d'outil les premiers mois. Et si vous vendez sur des marketplaces, la question des seuils se pose différemment : mieux vaut la creuser en parallèle du choix du logiciel plutôt qu'une fois le plafond franchi.

Un logiciel de comptabilité n'est jamais qu'un outil parmi d'autres dans la panoplie d'un entrepreneur qui veut garder la main sur son activité sans y passer ses week-ends. Il s'inscrit dans une logique plus large de choix des outils qui font vraiment gagner du temps, pas seulement celui-là. Choisissez le vôtre en fonction de votre statut d'aujourd'hui, pas de celui que vous espérez avoir dans trois ans : vous changerez d'outil le jour venu, et ce jour-là, vous aurez d'autres soucis bien plus intéressants que la migration de vos données comptables.

FAQ

Un logiciel de comptabilité peut-il remplacer un expert-comptable ?
Légalement, oui : aucune loi française n'impose le recours à un expert-comptable, ni en micro-entreprise, ni en société. Un logiciel bien choisi couvre les obligations déclaratives de votre statut. Ce qu'il ne fait pas à votre place, c'est maîtriser le plan comptable et les écritures de clôture : c'est à vous de vous en charger, ou d'accepter de payer pour cette compétence ailleurs.
Quel est le meilleur logiciel de comptabilité gratuit en 2025 ?
Pour une micro-entreprise qui débute, Indy et Abby proposent tous deux une offre gratuite couvrant facturation et suivi de base. Les déclarations fiscales automatisées, elles, restent réservées aux offres payantes chez les deux éditeurs : vérifiez ce point avant de vous arrêter au mot « gratuit ».
Que se passe-t-il si je dépasse les seuils de la micro-entreprise ?
Rien ne change l'année du dépassement. C'est le dépassement pendant deux années civiles consécutives qui fait basculer votre activité vers un régime réel d'imposition dès le 1er janvier suivant, avec la fin de la comptabilité ultra-simplifiée et l'arrivée du bilan et de la liasse fiscale.
Une SASU peut-elle légalement se passer d'expert-comptable ?
Oui. La loi n'impose ce recours à aucune société, quelle que soit sa forme. Seul le commissaire aux comptes, un rôle distinct, devient obligatoire au-delà de deux seuils sur trois dépassés pendant deux exercices consécutifs (5 millions d'euros de bilan, 10 millions de chiffre d'affaires, 50 salariés), ce qui exclut la quasi-totalité des petites structures.
Quel logiciel choisir pour une micro-entreprise qui démarre ?
Un outil gratuit ou à quelques euros par mois, tant que vous restez loin des plafonds de chiffre d'affaires. Le livre de recettes est votre seule obligation réelle : pas besoin de payer pour des fonctionnalités de bilan ou de liasse fiscale que la loi ne vous demande pas encore.
Camille Vasseur

Écrit par

Camille Vasseur

Ex-journaliste économique, Camille a couvert la scène French Tech pendant 8 ans avant de fonder Genaisse.