Fixer son TJM freelance quand on débute : la méthode qui tient la route
Pour fixer son TJM en freelance débutant, on part du revenu net visé, on ajoute les charges réelles puis on divise par les jours réellement facturables (120 à 150 la première année, pas 220). En micro-entreprise, les cotisations sociales prélèvent 25,6 % du chiffre d'affaires en prestations de servi
Vous venez de recevoir votre premier brief et une question vous bloque avant même de répondre : combien facturer par jour. Fixer son TJM freelance quand on débute ressemble à un exercice de calcul, mais c'est surtout un exercice de courage : le chiffre que vous allez taper dans votre premier devis va conditionner votre trésorerie pendant des mois. Beaucoup de nouveaux indépendants recopient leur ancien salaire divisé par le nombre de jours du mois. Erreur classique, et coûteuse : ni les charges, ni les jours creux n'entrent dans ce calcul.
Reprenons, avec de vrais chiffres.
Le piège du premier calcul de TJM freelance
Le raisonnement du salarié qui devient indépendant part toujours du même endroit : je gagnais 2 500 € net par mois, donc je dois facturer l'équivalent. Sauf qu'un salaire net cache un empilement de charges patronales, de congés payés, de mutuelle d'entreprise et de jours fériés déjà comptés pour vous. En freelance, vous portez tout cela seul. Votre TJM doit financer votre protection sociale, vos outils, votre comptable, et les mois où le téléphone ne sonne pas. Personne ne vous prévient en école de commerce.
Deuxième piège, plus sournois : le nombre de jours facturés dans l'année. Un salarié travaille environ deux cent vingt jours ouvrés. Un freelance débutant, non. Nous y revenons juste après, parce que c'est probablement l'erreur la plus chère de toutes.
La méthode en trois étapes pour fixer son TJM freelance
Trois variables, dans cet ordre : le revenu visé, les charges réelles, les jours facturables. Changez l'ordre et vous obtenez un chiffre qui sonne juste sur le papier et qui vous ruine en pratique.
Étape 1 : partez du revenu net que vous visez, pas de votre ancien salaire
Posez d'abord ce dont vous avez besoin pour vivre correctement, pas ce que vous pensez pouvoir obtenir sur le marché. Loyer, alimentation, épargne de précaution, un peu de marge pour les imprévus : additionnez, et vous obtenez un revenu net mensuel cible. C'est le seul chiffre qui doit venir de vous. Tous les autres viennent du marché et de l'URSSAF.
Étape 2 : ajoutez les charges réelles, toutes les charges
En micro-entreprise, activité de prestations de services non commerciales, vous versez 25,6 % de votre chiffre d'affaires en cotisations sociales en 2026 (le détail des taux par activité est dans notre guide sur les cotisations sociales de la micro-entreprise en 2026). Ce taux s'applique dès le premier euro encaissé, sans déduction de charges au préalable. Ajoutez à cela ce que les débutants oublient presque toujours : mutuelle complémentaire, assurance responsabilité civile professionnelle, comptable ou logiciel de facturation, cotisation foncière des entreprises. Ces postes cumulés représentent en général 4 000 à 8 000 € par an. Oubliez-les, et votre TJM sera structurellement trop bas, même si votre formule de calcul est parfaite sur le papier.
Étape 3 : comptez vos jours facturables réels, pas vos jours ouvrés
C'est ici que la plupart des calculs dérapent. Un freelance bien installé facture entre 180 et 200 jours par an. Un freelance qui débute, plutôt entre 120 et 150 jours : il faut compter la prospection, la formation, l'administratif, les congés que personne ne vous paie et les semaines sans mission. Compter 220 jours facturables quand vous en facturerez réellement 150 revient à sous-évaluer votre TJM d'environ 27 %. Vingt-sept pour cent, ce n'est pas un arrondi. C'est la différence entre payer son loyer et taper dans son épargne.
Un exemple pour fixer les idées. Vous visez 2 300 € nets par mois, soit 27 600 € sur l'année. Vous ajoutez 5 000 € de charges annexes, le milieu de la fourchette évoquée plus haut. Avec 25,6 % de cotisations sociales, il vous faut facturer environ 43 800 € de chiffre d'affaires brut sur l'année. Réparti sur 140 jours facturables pour une première année, cela donne un TJM d'environ 313 €. Ce chiffre grimpe mécaniquement l'année suivante, dès que vos jours facturables augmentent.
Calculer son TJM à partir du salaire cible : la méthode inverse
Les trois étapes se condensent en une formule unique, à dérouler à l'envers : partez du net annuel visé, remontez au chiffre d'affaires nécessaire, puis divisez par vos jours facturables. Le TJM n'est pas un prix, c'est une équation de survie inversée.
CA annuel nécessaire = (net annuel visé + charges annexes) / (1 - 0,256), puis TJM = CA annuel nécessaire / jours facturables. Le 0,256 correspond aux 25,6 % de cotisations sociales de la micro-entreprise en prestations de services non commerciales : sur chaque euro encaissé, il vous reste 0,744 euro avant impôt.
Deux exemples pour vérifier que la mécanique tourne. Vous visez 2 000 € nets par mois, soit 24 000 € par an, avec 4 000 € de charges annexes : il faut encaisser environ 37 600 € de chiffre d'affaires. Sur 130 jours facturables de première année, cela donne un TJM d'environ 290 €. Vous visez 3 000 € nets avec 6 000 € de charges annexes : environ 56 500 € à encaisser, soit un TJM d'environ 350 € sur 160 jours, un rythme de deuxième année avec un carnet de missions déjà rempli.
Vous remarquerez que la variable la plus sensible n'est pas le salaire visé : ce sont les jours facturables. Dix jours de moins dans l'année, et le TJM doit grimper de 20 à 25 € pour compenser. Comptez ces jours honnêtement, intercontrat et congés compris. Votre trésorerie vous remerciera, votre ego un peu moins.
Vérifiez votre calcul avec le simulateur de charges
Pour tester vos hypothèses sans refaire les divisions à la main, entrez un chiffre d'affaires dans le simulateur de charges : il affiche les cotisations et le net réel en micro-entreprise. Faites varier le TJM et le nombre de jours jusqu'à retomber sur votre salaire cible. C'est le même calcul, dans l'autre sens.
Combien facturer selon votre métier quand vous débutez
Les fourchettes ci-dessous viennent des baromètres freelance publiés pour 2026. Elles donnent un point de départ, pas une vérité gravée dans le marbre : votre spécialité, votre portfolio et votre localisation font bouger le curseur.
| Métier | TJM débutant (0 à 2 ans) | TJM confirmé (3 à 5 ans) |
|---|---|---|
| Développeur web | 300 à 450 € | 500 à 700 € |
| Graphiste / designer | 200 à 350 € | 350 à 550 € |
| Rédacteur web / copywriter | 150 à 280 € | 280 à 450 € |
| Consultant SEO | 250 à 380 € | 380 à 600 € |
Le rédacteur web et le graphiste démarrent souvent plus bas parce que la barrière à l'entrée du métier est plus basse : davantage de candidats, davantage de plateformes low-cost pour tirer les prix vers le sol. Le développeur et le consultant partent avec un TJM plus confortable, portés par une pénurie de profils qualifiés. Question d'offre et de demande, pas de mérite.
Le TJM moyen des freelances en France ne vous dit presque rien
Un consultant marketing freelance facture en moyenne 584 € par jour en France selon le baromètre Malt, un consultant SEO plutôt 499 €, un développeur environ 576 € tous niveaux confondus. Ces moyennes existent, elles sont publiées, et elles ne vous concernent presque pas la première année. Elles agrègent des profils qui ont cinq, dix, quinze ans de mission derrière eux et un carnet d'adresses épais. Vous comparer à cette moyenne au démarrage, c'est vous comparer à un marathonien un jour après votre premier jogging.
Votre vraie référence, ce sont les fourchettes débutant du tableau ci-dessus, pas la moyenne du marché. Repositionnez-vous dessus tous les six mois, en fonction de vos missions gagnées et de vos refus. Un TJM qui ne bouge jamais est un TJM qui décroche du marché.
Les erreurs qui plombent votre TJM dès le premier devis
Cinq erreurs reviennent sans arrêt chez les freelances débutants. Les voici, sans détour.
- Brader son tarif pour décrocher la première mission : le client qui accepte un tarif cassé s'habitue à ce tarif, et le renégocier à la hausse ensuite est bien plus dur que de partir haut.
- Oublier le temps de prospection : chercher des clients, répondre aux appels d'offres, relancer, tout cela ne se facture jamais et grignote vos jours disponibles.
- Ignorer la question des premiers clients en amont : un TJM juste ne sert à rien si personne n'est en face pour le payer. La question du calcul avance toujours avec celle de la prospection, et notre article sur comment trouver ses premiers clients en freelance complète directement celui-ci.
- Facturer à l'heure plutôt qu'à la journée ou à la mission : cela transforme votre expertise en coût horaire comparable à un artisan, alors que vous vendez un résultat.
- Ne jamais revoir son TJM : le tarif fixé au lancement doit évoluer avec l'expérience et le nombre de missions passées, pas rester figé par confort ou par peur du refus.
Le client qui négocie votre TJM à la baisse dès le premier échange vous donne une information précieuse sur la suite.
FAQ : vos questions sur le TJM freelance débutant
- Quel est le TJM minimum pour vivre correctement en freelance ?
- Il n'existe pas de chiffre universel : cela dépend de votre lieu de vie, de vos charges personnelles et du nombre de jours que vous facturez réellement. La méthode en trois étapes de cet article, revenu visé, charges, jours facturables, vous donne votre propre minimum, pas une moyenne nationale.
- Faut-il baisser son TJM pour décrocher sa première mission ?
- Non, ou alors ponctuellement et en connaissance de cause. Un tarif cassé pour se faire la main fixe une référence basse dans l'esprit du client, difficile à corriger ensuite. Mieux vaut réduire son TJM sur une mission courte et clairement identifiée comme telle, qu'installer un tarif bas comme norme.
- Comment annoncer son TJM à un client sans trembler ?
- Donnez le chiffre sans le justifier immédiatement : une hésitation ou une justification spontanée signale que le tarif est négociable. Énoncez-le, puis laissez le silence faire son travail. C'est inconfortable les premières fois. Ça le devient beaucoup moins après la dixième.
- Le TJM freelance augmente-t-il automatiquement avec l'expérience ?
- Non, il augmente avec les preuves : missions livrées, résultats mesurables, recommandations. Deux freelances avec la même ancienneté peuvent afficher des TJM très différents si l'un a construit un dossier de références solide et l'autre non.
À vous de fixer le vôtre
Un TJM freelance ne se devine pas et ne se copie pas sur un forum. Il se calcule, à partir de ce que vous visez vraiment, de ce que la micro-entreprise prélève réellement, et du nombre de jours que vous facturerez vraiment, pas de celui que vous espérez. Prenez une heure, faites tourner les trois étapes avec vos propres chiffres, et notez le résultat quelque part visible.
Vous aurez un chiffre. Et surtout, vous saurez pourquoi c'est le bon.
Écrit par
Camille Vasseur
Ex-journaliste économique, Camille a couvert la scène French Tech pendant 8 ans avant de fonder Genaisse.