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Créer une newsletter que les gens lisent vraiment : la méthode et les chiffres

Une newsletter qui fonctionne se joue avant l'outil : l'objet, la segmentation et une cadence tenable pèsent plus que la plateforme choisie. Selon le Benchmark Brevo 2025 (11,9 milliards d'emails analysés, 19 000 entreprises françaises), le taux d'ouverture moyen atteint 33,9 % mais varie de 28,96 %

Camille Vasseur·30 septembre 2025·9 min
Créer une newsletter que les gens lisent vraiment : la méthode et les chiffres
Graphique du taux d'ouverture moyen d'une newsletter par secteur en France, benchmark Brevo 2025

Le taux d'ouverture moyen d'une campagne email en France tourne autour de 33,9 %, avec un taux de clic moyen de 4,32 % et un taux de réactivité (CTOR) de 11,37 %, selon le dernier benchmark Brevo, basé sur 11,9 milliards d'emails envoyés en 2024 par plus de 19 000 entreprises. Un chiffre honorable, sauf qu'il cache un écart énorme : 46,35 % d'ouverture dans le divertissement, 38,79 % dans l'administration publique, contre seulement 30,61 % dans le retail et 28,96 % en e-commerce. Autrement dit, une newsletter sur trois finit ignorée, et la différence entre les deux tient rarement à l'outil choisi pour créer une newsletter. Elle tient à ce qu'on en fait. Voici comment construire la vôtre pour qu'elle finisse dans la moitié qui gagne, pas dans celle qui alimente la corbeille.

Pourquoi la plupart des newsletters ne sont jamais vraiment lues

Une newsletter qui échoue coche presque toujours les mêmes cases : envoyée à tout le monde sans distinction, remplie de tout ce que l'entreprise a produit ce mois-ci plutôt que de ce que le destinataire attend, expédiée avec la régularité d'une intermittence du spectacle. Le lecteur ne s'abonne pas à votre actualité. Il s'abonne à une promesse précise, et il ignore (ou se désabonne) dès que cette promesse n'est plus tenue.

Soyons honnêtes : la plupart des guides sur le sujet expliquent comment envoyer une newsletter. Peu expliquent pourquoi la vôtre finira, ou non, dans le dossier promotions sans un regard. Trois leviers font la différence, dans cet ordre précis : l'objet, la segmentation, la cadence. L'outil vient après, presque toujours en dernier. Une newsletter n'a d'ailleurs pas vocation à remplacer votre référencement naturel : elle le complète. Le SEO amène des visiteurs, la newsletter les retient.

L'objet qui donne envie d'ouvrir

L'objet est la seule partie de votre email que 100 % de vos destinataires verront, qu'ils ouvrent ou non. Un objet vague ("Newsletter de mars") ne dit rien du bénéfice ; un objet trop vendeur ("OFFRE EXCEPTIONNELLE") active les mêmes réflexes de méfiance qu'un email de phishing raté. Ce qui fonctionne tient en trois règles simples : une promesse concrète plutôt qu'une catégorie ("3 erreurs qui font fuir vos clients" plutôt que "Astuces business"), une longueur courte, et l'absence totale de majuscules criardes ou de points d'exclamation en rafale, deux signaux que les filtres antispam et les lecteurs détestent à parts égales.

Le préheader (ce court texte visible juste après l'objet dans la boîte de réception) mérite le même soin. C'est un deuxième objet, gratuit, que la plupart des créateurs remplissent par défaut avec "Voir la version en ligne". Une phrase qui prolonge la promesse de l'objet double pourtant les chances qu'on ouvre. Le contenu qui suit, lui, gagne à suivre la même logique que celle qui fait qu'un article se positionne sur Google : une promesse tenue dès les premières lignes, puis une progression qui ne dilue pas l'information.

Segmenter avant d'écrire, pas après

La segmentation est le levier le plus sous-utilisé, parce qu'il demande un effort en amont : trier ses abonnés selon leur intérêt réel ou leur étape dans le parcours (prospect qui découvre, client qui a déjà acheté, ancien client à réactiver) plutôt que d'envoyer à tous le même message. Ce tri paraît lourd au démarrage. Il l'est beaucoup moins qu'écrire pour tout le monde en même temps, ce qui revient en pratique à n'écrire pour personne.

Si votre activité est jeune, inutile de complexifier : deux segments suffisent au départ (prospects et clients), ce qui change déjà le ton et le contenu de la moitié des emails envoyés. Cette logique de tri rejoint celle qu'on applique pour trouver ses premiers clients en freelance : on ne parle pas de la même façon à quelqu'un qui vous découvre et à quelqu'un qui a déjà signé.

La cadence qui ne lasse pas

Une newsletter hebdomadaire construit une habitude, mais épuise vite un contenu qui ne le mérite pas encore. Une newsletter mensuelle laisse le temps de préparer du contenu solide, au prix d'un lien plus fragile avec l'audience. Il n'existe pas de fréquence universellement supérieure : il existe une fréquence que vous tenez sur la durée, et c'est elle qui gagne, même si elle est plus modeste que celle du concurrent d'à côté. Vous trouverez des exemples de newsletter réussies dans à peu près tous les secteurs, mais copier un exemple sans l'adapter à votre audience et à votre cadence réelle ne fonctionne jamais longtemps.

Le vrai piège n'est pas la fréquence choisie, c'est son abandon silencieux au bout de trois numéros. Un calendrier éditorial, même sommaire (un fichier avec les dates et les trois idées suivantes), coûte vingt minutes et évite l'essentiel des abandons.

Choisir sa plateforme pour créer une newsletter : Substack, Beehiiv, Mailchimp, Brevo

Le choix de l'outil compte moins que les trois leviers précédents, mais il détermine votre budget et votre marge de manoeuvre future. Voici un comparatif neutre des quatre plateformes les plus citées pour une newsletter en France.

PlateformeModèle économiquePalier payant d'entréePour qui
SubstackGratuit à l'usage, vous conservez 90 % de vos revenus sur les abonnements payants (le reste couvre les frais de carte bancaire et la plateforme)Aucun abonnement fixe : la plateforme ne se rémunère que si vous monétisezCréateurs qui veulent vendre des abonnements payants sans avancer de budget
BeehiivGratuit jusqu'à 2 500 abonnés, envoi d'emails illimité, 0 % de commission sur les paiements dès le palier payantÀ partir de 39 $ par mois (automatisation, publicité, fonctionnalités IA)Newsletters ambitieuses en audience, avec monétisation publicitaire
MailchimpGratuit jusqu'à 250 contactsPalier payant Essentials ensuite, facturé selon le nombre de contactsPetites listes déjà intégrées à l'écosystème marketing Mailchimp
BrevoGratuit à l'usage pour de petits volumes, tarif basé sur le nombre d'emails envoyés plutôt que sur la taille de la listePalier payant ensuite, facturé selon le volume mensuel d'emailsPetit budget, envois peu fréquents, besoin d'un CRM intégré

Substack résume sa logique en une phrase qui vaut d'être connue avant de s'engager ailleurs :

Notre modèle économique dépend entièrement de votre réussite : nous ne gagnons de l'argent que lorsque vous en gagnez.

Substack, à propos de son fonctionnement

C'est exact, et c'est aussi la raison pour laquelle Substack ne facture jamais d'abonnement fixe : sans audience payante, la plateforme ne touche rien. Beehiiv et Brevo, à l'inverse, facturent dès que la liste grossit, que vous monétisiez ou non.

Les pièges de délivrabilité qui envoient vos emails dans les spams

Un contenu excellent qui atterrit dans les spams ne sert à rien. Depuis février 2024, les exigences de Gmail pour les envois en nombre imposent, à partir de 5 000 emails envoyés par jour vers des adresses Gmail, une authentification SPF, DKIM et DMARC du domaine d'envoi, ainsi qu'un taux de spam maintenu sous 0,1 % (la tolérance maximale se situe à 0,3 %, au delà de laquelle les messages sont massivement rejetés). Une petite newsletter reste sous ce seuil, mais deux réflexes s'appliquent dès le premier envoi, quel que soit le volume : configurer SPF et DKIM sur le nom de domaine d'envoi (la plupart des plateformes le proposent en quelques clics dans les réglages), et proposer une désinscription en un clic traitée sans délai, sans quoi les emails suivants seront de plus en plus filtrés.

Deuxième piège, moins technique mais tout aussi coûteux : une liste inactive jamais nettoyée. Les adresses qui n'ouvrent plus rien depuis six mois plombent le taux d'ouverture moyen et signalent aux filtres antispam qu'une partie des destinataires ne veut plus de vous. Une relance ciblée, puis un retrait de la liste en l'absence de réaction, protège la délivrabilité de tous les emails suivants, y compris ceux qui intéressent vraiment leurs destinataires. Le double opt-in (une confirmation d'inscription par un clic dans un email envoyé automatiquement) n'est pas une obligation légale, mais il filtre dès l'entrée les adresses invalides ou mal saisies, ce qui protège la même réputation d'expéditeur.

RGPD : ce qu'il faut respecter dès le premier envoi

Pour un particulier, la CNIL impose un consentement préalable (l'opt-in) avant tout envoi commercial : la case d'inscription doit être explicite, non précochée, et distincte d'une simple création de compte. Une exception existe pour les clients déjà existants, qu'on peut recontacter sur des produits ou services similaires sans nouvel opt-in. Pour un professionnel contacté à titre professionnel (B2B), la règle s'inverse : l'opt-out suffit, à condition que le contenu reste en rapport avec sa fonction et qu'il puisse se désabonner facilement.

Dans tous les cas, un lien de désinscription gratuit et fonctionnel est obligatoire, et une demande de désabonnement doit être honorée rapidement, pas glissée sous le tapis jusqu'au prochain envoi.

FAQ

Quel logiciel choisir pour créer une newsletter quand on démarre ?
Pour une petite liste et des envois occasionnels, Brevo ou le plan gratuit de Mailchimp suffisent largement. Pour une newsletter que vous comptez monétiser directement auprès de vos lecteurs, Substack ou Beehiiv conviennent mieux : l'un sans coût fixe, l'autre sans commission sur les paiements.
Comment créer une newsletter gratuite ?
Les quatre plateformes comparées ici proposent un palier gratuit fonctionnel : jusqu'à 250 contacts chez Mailchimp, un plan gratuit pour petits volumes chez Brevo, 2 500 abonnés chez Beehiiv, et sans limite de contacts chez Substack tant qu'aucun paiement n'est facturé.
Quelle fréquence d'envoi choisir ?
Celle que vous pouvez tenir sur plusieurs mois sans épuiser votre contenu. Une cadence mensuelle tenue bat toujours une cadence hebdomadaire abandonnée au troisième numéro.
Pourquoi ma newsletter part-elle dans les spams ?
Les deux causes les plus fréquentes sont une authentification de domaine absente (SPF, DKIM) et une liste inactive jamais nettoyée, dont les adresses qui n'ouvrent plus rien font baisser la réputation d'expéditeur auprès des messageries.
Faut-il l'accord du destinataire pour lui envoyer une newsletter ?
Oui pour un particulier, sauf s'il s'agit d'un client existant recontacté sur des produits similaires. Pour un professionnel contacté dans le cadre de sa fonction, une simple possibilité de désabonnement suffit.

Passez à l'action dès aujourd'hui

Avant de choisir un outil ou de peaufiner un template, réglez les trois vraies questions : à qui s'adresse cette newsletter, quelle promesse tient son objet, et quelle cadence vous engagez-vous à tenir dans six mois. Le reste, y compris les indicateurs à suivre pendant vos six premiers mois d'activité, se met en place une fois ces bases posées. La première étape concrète, aujourd'hui : écrivez l'objet de votre premier email avant même d'avoir choisi la plateforme qui l'enverra. S'il ne donne pas envie de l'ouvrir à vous-même, il ne donnera envie à personne d'autre.

Camille Vasseur

Écrit par

Camille Vasseur

Ex-journaliste économique, Camille a couvert la scène French Tech pendant 8 ans avant de fonder Genaisse.