Suicide et Liberté....et choix de vivre?


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Cioran
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Message Posté le: Sam Mar 17, 2007 13:17 pm    Sujet du message:
Hé bien on peut imaginer que les individus qui refusent le droit au suicide considèrent que durant l'enfance, la famille, la société prend en charge l'être humain, et que de ce fait il a une dette envers eux. C'est pas le tout de profiter des 'belles années' de la jeunesse et de mettre fin à ses jours quand il est temps, à notre tour, de participer au bien être d'une société.
Seulement voilà, on ne peut pas faire signer un contrat au nourisson en lui expliquant que soit il accepte ce qu'on lui donne et devra le rendre ensuite, soit il n'accepte pas et se débrouille tout seul (c'est pareil avec la loi, tu nait dans un pays, on t'impose ses lois, tu ne peux pas choisir un jour d'en refuser avantages et inconvénients, en choisissant par exemple de pouvoir voler et d'accepter qu'on te vole à ton tour, à la Sade).
Sans juger si cela est juste ou injuste, il s'agit d'un état de fait : la société n'a pas intérêt à ce que ses membres se suicident, donc elle 'interdit' ce suicide. De plus, si elle le tolérait, elle admettrait qu'elle n'est pas capable de protéger ses individus.
Romulus
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Message Posté le: Sam Mar 17, 2007 13:56 pm    Sujet du message:
Vous dites des choses assez sensé, mais ce que je trouve bizarre c'est qu'il y avait des sociétés où le suicide n'était pas mal vu.
J'ai deux exemples en tête:
Le Japon féodal, avec les samouraï qui se faisait Seppuku (s'ouvrir le ventre avec une lame)
La Rome antique où le suicide pouvait être perçu comme un acte noble; les exemples sont nombreux: Lucrèce, Caton d'Utique, Sénèque...

Dans les deux cas c'est un acte honorable. Déstiné à sauver son honneur après un échec.
Par exemple avoir perdu lamentablement une bataille pour un général, avoir fuit au combat pour un guerrier.
Dans les deux cas ça relève d'une espèce de code moral.

Je n'en sais pas beaucoup plus. Cela dits je suppose que cet acte était surement réservé aux élites qui avaient du mérite de se défaire de la vie alors qu'elle leur était favorable.
Un paysan ou un petit ouvrier qui se suicide ça serait surement mal vu même dans ces sociétés là (enfin je suppose).

Ce qu'on peut dire aussi c'est que la condamnation totale du suicide est probablement liée à notre culture judéo-chrétienne.
Chez les romains (pour les japonais j'en sais rien) l'idée de la vie après la mort n'est pas très clair (érrance? néant?...). Ils sont sans doute plus inquiétez par l'après-vie car il ne savent pas ce qui les attend.

Chez les chrétiens, ça peut être la vie éternelle, le bonheur éternelle (paradis). Donc dans cet esprit là si tu admet que le suicide n'est pas condamnable, alors tout le monde aurrait envie de se suicider (je schématise). Surtout le serf qui a une vie faite de souffrance et d'efforts.

Enfin une autre observation. Si on regarde l'homme a peur de la mort par nature. C'est son instinct de survie qui le pousse en premier lieux à la craindre. Même le suicidaire n'échappe pas à cet instinct; je suis sur que si il se balade dans la rue et qu'un type arrive et lui mets un flingue sur la tempe, il flippe un max.
Donc la plupart des gens ne comprennent pas cet acte (sauf si il est en adéquation avec un code moral) parce qu'il leur semble contre-nature.
Alexandre-le-très-petit
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Message Posté le: Mar Avr 03, 2007 02:25 am    Sujet du message:
J'me permets de souligner le paradoxe des trois dernières pages. Le suicidé a des responsabilités envers autrui vis-à-vis de son appartenance à l'humanité. Donc on lui en veut de sacrifier ce qui est si cher à nos yeux. Mais si on voulait qu'il conserve notre essence humaine, il faudrait le laisser jouir de sa pleine liberté, liberté de bouffer des pots de Nutella ou non, liberté de vivre ou de mourir. En réprimant le suicidé, on réprime sa liberté d'action, ce qui constitue notre humanité. D'accord, il aurait du mieux la tenir sa liberté, etc... Mais s'il a décidé volontairement et librement de ce choix de mourir, celui qui veut défendre son humanité doit le laisser crever s'il le souhaite. Car à qui appartient notre existence: à nous ou à autrui? On ne peut reprocher au suicidé son manque à son devoir envers l'humanité car il remplit le formulaire avec une signature bien plus imposante: sa liberté.

Je ne prends aucune position, mais délimite le cercle de la culpabilité et du ressentiment que forme le suicide. Après d'autres me diront qu'il n'est pas maître en son propre navire, pas conscient et tout le charabia "pointage du doigt", et les copains crieront qu'autrui ne me comprends pas, etc...
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Message Posté le: Mar Avr 03, 2007 09:40 am    Sujet du message:
Alexandre-le-très-petit a écrit:
J'me permets de souligner le paradoxe des trois dernières pages. Le suicidé a des responsabilités envers autrui vis-à-vis de son appartenance à l'humanité. Donc on lui en veut de sacrifier ce qui est si cher à nos yeux. Mais si on voulait qu'il conserve notre essence humaine, il faudrait le laisser jouir de sa pleine liberté


Mais n’est-ce pas le paradoxe de toute morale finalement.

1) Soit on intervient pour régler le problème, et on prive les gens de leur liberté (ça peut être un problème grave comme le meurtre, mais aussi moins grave comme l’inégalité économique dans un pays riche).

2) Soit on se contente de dire c’est immoral, mais alors on perd de l’efficacité, et on risque facilement de tomber dans ce truc encore plus immoral qu’est le discours moraliste. D’ailleurs ce discours peut être parfois rangé dans la catégorie 1) en ayant une fonction de répression.

2) Soit on ne dit rien et ne fais rien.

En matière de suicide, j’hésite entre le 2) et le 3).
Alexandre-le-très-petit
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Message Posté le: Mar Avr 03, 2007 18:28 pm    Sujet du message:
Crevez donc mes amis, vous êtes libres!
Romulus
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Message Posté le: Mar Avr 03, 2007 18:35 pm    Sujet du message:
Dans une société la vraie liberté est celle qui ne nuit pas à celle des autres et donc a des limites sinon on pourrait être libre de tuer quelqu'un.

Cela dits dans le cas du suicide, est-ce réèllement nuire à la liberté d'autrui? Je n'en suis pas sur.
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Message Posté le: Mar Avr 03, 2007 20:08 pm    Sujet du message:
Ben, tout revient chaque fois à la définition de la libertée, est-ce ce qui ne nuit pas à celle des autres ?
Est-ce une quelconque libertée naturelle donc de l'odre de la possibilitée ?
Ou d'un autre ordre ( ma pensée ) dans l'expression du chaos/créateur en chacun de nous ?

Alexandre-le-très-petit Posté le: Mar Avr 03, 2007 6:28 pm Sujet du message:
Crevez donc mes amis, vous êtes libres!

>> Moi je dirais heureusement ! Car je ne connais aucune menace plus grande pour moi que de vivre éternellement .
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Message Posté le: Mar Avr 03, 2007 20:22 pm    Sujet du message:
Je crois que le législateur n’a pas à s’occuper du suicide comme il n’a pas à s’occuper des relations sentimentales.
Dans ce dernier domaine on peut faire souffrir, involontairement, par égoïsme ou parce qu’on est le dernier des salauds.
Et de fait certains comportements extrêmements immoraux peuvent être impunis (alors qu’on est puni pour traiter un policier d’imbécile).

Mais à mon sens en la matière, on est dans des domaines « sacrés ».

Restreindre une liberté telle que celle de la vitesse automobile, OK, mais en ce qui concerne un domaine tel que celui du suicide, qu’elles que soient les conséquences, cela ne me paraît pas devoir être fait.
Pas du tout parce qu’une telle intervention serait plus liberticide qu’une atteinte à la liberté de rouler (ou porterait plus atteinte à la liberté d’autrui), mais parce qu’il y a des comportements humains qui ont plus d’importance que d’autres, et qui ont besoin d’une grande liberté.

La liberté de se suicider est une atteinte aux sentiments d’autrui (des parents, dont la vie peut être bousillée), cela suffit pour poser un problème moral, sans avoir à utiliser le concept bien flou de liberté d’autrui.
Alexandre-le-très-petit
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Message Posté le: Mer Avr 04, 2007 10:32 am    Sujet du message:
Notre vie ne doit pas toujours être relative à celle d'autrui. Si on lui doit quelque impératif catégorique, le suicide n'est en lien qu'avec soi-même. Les sentiments comptent peu dans la question théorique.

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